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 Contes et merveilles

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Salem
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MessageSujet: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 0:31

Quels sont les contes qui vous ont le plus marqués dans votre enfance, déployant votre imagination vers des contrées insoupçonnées? Quels sont ceux qui vous ont le mieux bercé avant de dormir, ou terrifié, ou tiré des larmes? ou tout à la fois?
Petite, je raffolais des livres de contes, les merveilleuses éditions Gründ ont contenté mon grand appétit à maintes reprises...

Mais certains contes marquent plus que d'autres, nous imprégnant fortement et durablement, même au-delà de l'enfance. Un exemple est Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, source d'inspiration intarissable pour notamment de nombreux cinéastes...

Pour ma part j'adorais lire et relire Le prince heureux de Oscar Wilde. Une bonne âme l'a recopié sur le net (comme quoi, cette histoire n'a pas marqué que moi!)... pour ceux qui ne l'ont pas lu et qui en ont le courage, bonne lecture!

Citation :
Dominant la ville, sur une haute colonne, se dressait la statue du Prince Heureux. Il était doré sur toutes ses faces au moyen de minces feuilles d'or fin; il avait, en guise d'yeux, deux saphirs brillants et un gros rubis rouge luisait sur la poignée de son épée.
Il était certes fort admiré.
"Il était aussi beau qu'un coq de girouette...", fit observer l'un des conseillers municipaux, qui désirait acquérir la réputation d'un homme aux goûts artistiques. "Mais pas tout à fait aussi utile, ajouta-t-il, craignant qu'on ne le jugeât peu pratique, ce qu'en réalité il n'était point."
- Pourquoi ne peux-tu pas faire comme le Prince heureux ? demanda une mère sensée à son petit garçon qui pleurait pour avoir la lune. Il ne viendrait pas à l'idée du Prince heureux de pleurer pour avoir quoi que ce soit.
- Je suis content qu'il y ait au monde quelqu'un de tout à fait heureux, murmura un homme déçu, en contemplant la statue merveilleuse.
- Il ressemble exactement à un ange, dirent les enfants de l'Assistance, comme ils sortaient de la cathédrale, vêtus de leurs manteaux d'écarlate brillante et de lerus tabliers blancs tout propres.
- Comment le savez-vous ? dit le maître de mathématiques; vous n'en avez jamais vu.
- Ah ! Mais si, nous en avons vu, dans nos rêves", répondirent les enfants. Et le Maître de mathématiques fronça les sourcils et prit un air fort sévère, car il n'approuvait point que les enfants fissent des rêves.

Un soir passa au-dessus de la ville une petite hirondelle. Ses amies étaient parties pour l'Egypte voilà six semaines, mais elle s'était attardée parce qu'elle était amoureuse du plus beau des Roseaux. Elle avait fait sa connaissance au début du printemps, alors qu'elle descendait la rivière à la poursuite d'un gros papillon jaune, et elle avait été si vivement attirée par la taille gracile du Roseau, qu'elle s'était arrêtée pour lui parler.
"Vous aimerai-je?" dit l'hirondelle, qui aimait à aller droit au fait, et le roseau lui fit un profond salut. Alors elle vola en cercle autour de lui, frôlant l'eau de ses ailes, et traçant des ondes argentées. Ce fut ainsi qu'elle fit sa cour, qui dura tout l'été.
"C'est une amourette ridicule, gazouillèrent les autres Hirondelles; il est sans le sou et a bien trop de parents." Et, en effet, la rivière était toute pleine de Roseaux. Puis, quand vint l'automne, elles s'envolèrent toutes.
Après qu'elles furent parties, elle se sentit solitaire, et commença à se lasser de son amoureux.
"Il n'a aucune conversation, dit-elle, et je crains qu'il ne soit volage, car il flirte constamment avec la brise."
Et certes, chaque fois que la brise soufflait, le Roseau faisait les révérences les plus gracieuses.
"Je reconnais qu'il a le sens de l'intérieur, reprit-elle, mais j'aime les voyages, et il faudrait donc que mon mari les aimât aussi."
"Consentez-vous à partir avec moi ?" lui dit-elle finalement. Mais le Roseau hocha la tête, car il était fort attaché à son foyer.
"Vous vous êtes joué de moi, s'écria-t-elle. Je pars pour les pyramides. Au revoir !" Et elle s'envola.

Elle vola toute la journée, et, le soir, elle arriva à la ville.
"où vais-je descendre ? dit-elle, j'espère que la ville a fait des préparatifs."
Elle aperçut alors la statue sur la haute colonne.
"C'est là que je vais descendre, s'écria-t-elle; c'est fort bien situé, et il y a beaucoup d'air."
Et elle se percha juste entre les pieds du Prince heureux.
"J'ai une chambre en or", se dit-elle doucement à elle même en jetant un coup d'oeil circulaire, et elle se disposa à s'endormir; mais juste au moment où elle mettait sa tête sous son aile, il lui tomba sur le corps une grosse goutte d'eau.
"Comme c'est curieux ! s'écria-t-elle, il n'y a pas un seul nuage au ciel, les étoiles sont bien nettes et brillantes, et pourtant il pleut. Le climat du nord de l'Europe est vraiment épouvantable. Le Roseau aimait la pluie, mais c'était simplement là un trait de son égoïsme."
Puis une autre goutte tomba.
"A quoi bon une statue si elle est incapable de protéger de la pluie ? dit-elle. Il va falloir que je cherche une bonne souche de cheminée". Et elle se résolut de s'envoler de là.
mais avant qu'elle eût déployé ses ailes, une troisième goutte tomba, et elle leva les yeux, et vit....Ah ! que vit-elle ?
Les yeux du Prince heureux étaient pleins de larmes, et les larmes coulaient le long de ses joues dorées. Son visage était si beau, sous le clair de lune,que la petite Hirondelle fut saisie de pitié.
"Qui êtes-vous ? dit-elle,
- Je suis le Prince heureux.
- Alors pourquoi pleurez-vous ? demanda l'Hirondelle; vous m'avez complètement trempée.
- Lorsque j'étais en vie et que je possédais un coeur humain, répondit la statue, je ne savais pas ce qu'étaient les larmes, car j'habitais le palais de Sans-Souci, où le chagrin n'a pas le droit d'entrer. Dans la journée, je jouaisavec mes compagnons dans le jardin, et, le soir, je menais la danse dans la grande salle. autour du jardin courait un mur très élevé, mais je n'eus jamais le désir de demander ce qui s'étendait au-delà, car tout ce qui m'entourait était tellement beau. Mes courtisans m'appelaient le Prince heureux, et certes j'étais heureux, si le plaisir est le bonheur. C'est ainsi que je vécus, et c'est ainsi que je mourus. Et maintenant que je suis mort, on m'a installé ici, à un telle hauteur que je vois toute la laideur et toute la misère de ma ville, et, bien que mon coeur soit de plomb, je ne puis m'empêcher de pleurer."
"Comment ! Il n'est pas en or massif ?" se dit l'Hirondelle à elle même. Elle était trop polie pour faire à haute voix des remarques personnelles.

"là-bas, au loin, reprit la statue, d'une voix basse et musicale, là-bas au loin, dans une petite rue, il y a une pauvre maison. L'une des fenêtres est ouverte, et je vois au travers une femme assise à une table. son visage est maigre et fatigué, et elle a ls mains rugueuses et rouges, toutes piquées par l'aiguille, car c'est une couturière. Elle brode des passiflores sur une robe de satin pour la toilette de la plus belle des demoiselles d'honneur de la reine, lors du prochain bal de la cour. Dans un lit, dans l'angle de la pièce, son petit garçon est couché, malade. Il a de la fièvre, et demande des oranges. Sa mère n'a rien à lui donner, que l'eau de la rivière; aussi pleure-t-il. Hirondelle, petite Hirondelle, ne veux-tu pas lui porter le rubis de la poignée de mon épée ? Mes pieds sont attachés à ce piédestal, et je puis bouger.
- On m'attend en Egypte, dit l'Hirondelle. Mes amies remontent et descendent le Nil, et causent avec les grosses fleurs de lotus. Bientôt elles vont s'endormir dans le tombeau du grand roi. Le roi est là en pesonne, dans son cercueil bariolé. Il est enveloppé de linge jaune, et embaumé avec des épices. Autour de son cou il y a uen chaîne de jade vert pâle, et ses mains sont pareilles à des feuilles flétries.
- Hirondelle, Hirondelle, petite Hirondelle, dit le Prince, ne veux-tu pas rester auprés de moi une nuit, et me servir de messager ? Le petit a une telle soif, et la mère est si triste !
- Je crois bien que je n'aime pas les garçons, répondit l'Hirondelle. L'été dernier, alors que j'habitais la rivière, il y avait deux gamins grossiers, les fils du meunier, qui me lançaient constamment des pierres. Ils ne m'ont jamais touchée, bien entendu; nous autres hirondelles, nous volons beaucoup trop bien pour cela, et d'ailleurs, je descends d'une famille renommée pour son agilité; mais enfin, c'est un signe de manque de respect."
Mais le Prince heureux prit un air tellement triste que la petite Hirondelle en eut de la peine.
"Il fait très froid ici, dit-elle; mais je resterai auprès de vous une nuit, et je vous servirai de messager.
- Merci, petite Hirondelle", dit le Prince.

Alors l'Hirondelle enleva à coups de bec le gros rubis de l'épée du Prince, et s'envola, le tenant dans son bec, par-dessus les toits de la ville.
Elle passa à côté de la tour de la cathédrale, où étaient sculptés les anges en marbre blanc. Elle passa à côté du palais, et entendit des flonflons de danse. Une belle jeune-fille sortit sur le balcon avec son amoureux.
"Comme les étoiles sont merveilleuses, dit-il, et combien est merveilleux le pouvoir de l'amour !
- J'espère que ma robe sera prête à temps pour le bal de la cour, répondit-elle; j'ai donné ordre qu'on y brode des passiflores; mais les couturières sont tellement paresseuses..."
Elle passa au-dessus de la rivière, et vit des lanternes suspendues aux mâts des bateaux. Elle passa au-dessus du ghetto, et vit les vieux juifs marchandant entre eux, et pesant de l'argent sur des balances de cuivre. Enfin elle arriva à la pauvre maison et y jeta un coup d'oeil. Le petit garçon s'agitait fiévreusement sur son lit, et la mère s'était endormie, tellement elle était fatiguée. Elle entra en sautillant, et posa le gros rubis sur la table, à côté du dé de la femme. Puis elle voleta doucement autour du lit, éventant de ses ailes le front de l'enfant.
"Comme j'ai frais, dit le petit garçon, je dois aller mieux." Et il s'assoupit en un sommeil délicieux.
L'Hirondelle retourna alors auprés du Prince heureux, et lui dit ce qu'elle avait fait.
"C'est bizarre, fit-elle observer, mais je me sens maintenant toute réchauffée, bien qu'il fasse froid.
- C'est parce que tu as fait une bonne action", dit le Prince. Et la petite Hirondelle se mit à réfléchir, sur quoi elle s'endormit. La réflexion lui donnait toujours sommeil.

Quand le jour parut, elle s'envola à la rivière et prit un bain.
"Quel phénomène remarquable ! dit le professeur d'ornithologie, alors qu'il passait sur le pont. Une hirondelle en hiver !"
Et il écrivit une longue lettre à ce sujet au journal local. Tout le monde la cita : elle était tellement pleine de mots auxquels on ne comprenait rien.
"Ce soir, je pars pour l'Egypte", dit l'Hirondelle, et elle se sentit toute joyeuse à cette perspective. Elle visita tous les monuments publics et resta assise longtemps au sommet de la flèche de l'église. Partout elle alla, les Moineaux piaillèrent joyeusement, et se dirent l'un à l'autre :
"Quel étranger distingué !"
Aussi s'amusa-t-elle beaucoup.
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Salem
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 0:31

Citation :
Quand la lune se leva, elle retourna auprès du Prince heureux.
"Avez-vous quelques commissions pour l'Egypte ? demanda-t-elle; je pars à l'instant.
- Hirondelle, Hirondelle, petite Hirondelle, dit le Prince, ne veux-tu pas rester auprès de moi une nuit de plus ?
- On m'attend en Egypte, répondit l'Hirondelle. Demain, mes amies voleront jusqu'à la deuxième cataracte. Le Cheval marin est là, accroupi parmi les roseaux, et sur un grand trône de granit est assis le dieu Memnon. Toute la nuit il contemple les étoiles, et quand paraît l'astre du matin, il pousse un cri de joie, puis il reste silencieux. A midi, les lions jaunes descendent au bord de l'eau pour boire. Ils ont leurs yeux pareils à des béryls verts, et leur rugissement est plus bruyant que le fracas de la cataracte.
- Hirondelle, Hirondelle, petite Hirondelle, dit le Prince, au loin, là-bas, dans la ville, je vois un jeune homme dans une mansarde. Il est penché sur un pupitre couvert de papiers, et dans un verre à côté de lui il y a un bouquet de violettes fânées. Ses cheveux sont bruns et crépus, ses lèvres sont rouges comme une grenade, et il a de grands yeux rêveurs. Il essaie de terminer une pièce pour le directeur du théâtre, mais il fait froid pour qu'il puisse écire davantage. Il n'y a pas de feu dans la grille, et il est tout affaibli par la faim.
- Je resterai encore une nuit auprès de vous, dit l'Hirondelle, qui avait vraiment bon coeur. Faut-il que je lui porte un autre rubis ?
- Hélas ! Je n'ai plus de rubis à présent, dit le Prince. Il ne me reste plus que mes yeux. Ils sont en saphirs rares, qui ont été apportés de l'Inde il y a mille ans. Arraches-en un et porte-le-lui. Il le vendra au bijoutier, il achètera de la nourriture et du bois pour se chauffer, et finira sa pièce.
- Cher Prince, dit l'Hirondelle, je ne puis faire cela."
Et elle se mit à pleurer.
"Hirondelle, Hirondelle, petite Hirondelle, dit le Prince, fais ce que je t'ordonne."
Alors l'Hirondelle arracha un oeil au Prince, et s'envola jusqu'à la mansarde de l'étudiant. Il était bien facile de s'y introduire, car il y avait un trou dans la toiture. Elle s'y précipita, et entra dans la chambre. Le jeune homme avait la tête enfouie dans les mains, de sorte qu'il n'entendit pas le battement des ailes de l'oiseau; et lorsqu'il leva les yeux, il trouva le splendide saphir posé sur les violettes fanées.
"On commence à m'apprécier, s'écria-t-il, voici qui provient d'un de quelque admirateur fervent. A présent, je puis terminer ma pièce." Et il eut l'air tout à fait heureux.
Le lendemain, l'Hirondelle descendit jusqu'au port. Elle se percha sur le mât d'un grand bateau, et regarda les matelots qui retiraient de la cale, au moyen de cordes, de gros coffres.
"Ho ! Hisse !" criaient-ils à mesure que chaque coffre apparaissait.
"Je m'en vais en Egypte", cria l'Hirondelle, mais personne ne fit attention, et quand la lune se leva, elle retourna à tire-d'aile auprès du Prince heureux.

"Je viens vous dire au revoir, cria-t-elle.
- Hirondelle, hirondelle, petite Hirondelle, dit le Prince, ne veux-tu pas rester encore une nuit auprès de moi ?
- C'est l'hiver, répondit l'Hirondelle, et la neige glaciale sera bientôt là. En Egypte, le soleil est chaud sur les palmiers verts, et les crocodiles sont allongés dans la vase et jettent autour d'eux des regards paresseux. Mes compagnes sont en train de construire un nid dans le Temple de Baalbec, et les tourterelles roses et blanches les regardent, et roucoulent entre elles. Cher Prince, il faut que je vous quitte, mais je ne vous oublierai jamais, et, au printemps prochain, je vous rapporterai deux bijoux magnifiques pour remplacer ceux que vous avez donnés. Le rubis sera plus rouge qu'une rose rouge, et le saphir sera bleu comme la vaste mer.
- En bas sur la place, dit le Prince heureux, se tient une petite marchande d'allumettes. Elle a laissé tomber ses allumettes dans le ruisseau, et elles sont toutes abîmées. Son père la battra si elle ne rapporte pas d'argent à la maison, et elle pleure. elle n'a ni bas ni souliers, et sa petite tête est nue. Arrache-moi mon autre oeil, et donne-le-lui, et son père ne la battra pas.
- Je resterai encore une nuit auprès de vous, dit l'Hirondelle, mais je ne puis vous arracher l'oeil. Vous seriez alors complètement aveugle.
- Hirondelle, Hirondelle, petite Hirondelle, dit le Prince, fais ce que je t'ordonne."
Alors elle arracha au Prince son autre oeil, et s'élança vers le sol en l'emportant. Elle descendit en planant auprès de la marchande d'allumettes, et lui glissa le joyau dans la paume de la main.
"Quel joli morceau de verre !" s'écria la petite fille. Et elle rentra chez elle en courant, toute rieuse.
Alors l'Hirondelle retourna auprès du Prince.

"Vous êtes aveugle, à présent, dit-elle; aussi resterai-je toujours avec vous.
- Non, petite Hirondelle, dit le pauvre Prince, il faut partir pour l'Egypte.
- Je resterai toujours auprès de vous", dit l'Hirondelle. Et elle dormir aux pieds du Prince.
Toute la journée du lendemain, elle resta perchée, et lui conta ce qu'elle avait vu dans les pays étranges. Elle lui parla des ibis rouges, qui se tiennent debout en longues files sur les bords du Nil, et attrapent des poissons d'or avec leur bec; du Sphynx, qui est aussi vieux que le monde lui-même, et habite au désert, et qui sait tout; des marchands, qui vont lentement à côté de leurs chameaux et portent des chapelets d'ambre dans la main; du roi des montagnes de la Lune, qui est noir comme l'ébène, et adorateur d'un gros bloc de cristal; du grand serpent vert qui dort dans un palmier, et possède vingt prêtres qui le nourrissent de galettes de miel; et des Pygmées qui mettent à la voile sur vaste lac, montés sur de grandes feuilles plates, et sont toujours en guerre avec les papillons.
"Chère petite Hirondelle, dit le Prince, tu me parles de choses merveilleuses, mais ce qui est plus merveilleux que toutes choses, c'est la souffrance des hommes et des femmes. Il n'est pas de mystère aussi grand que la misère. Vole au-dessus de ma ville, petite Hirondelle, et dis-moi ce que tu auras vu."
L'hirondelle vola donc au-dessus de la grande ville, et vit les riches qui s'amusaient joyeusement dans leurs maisons magnifiques, tandis que les mendiants étaient assis près de leurs portes. Elle alla à tire-d'aile dans les ruelles sombres, et vit les visages blêmes d'enfants affamés regardant distraitement du côté des rues noires. Sous l'a rche d'un pont, deux petits enfants étaient couchés dans le sbras l'un de l'autre pour essayer de se réchauffer mutuellement.
"Comme nous avons faim ! disaient-ils.
- Il ne faut pas coucher ici", cria le veilleur. Et ils s'en allèrent sous la pluie.
Alors elle revint et conta au Prince ce qu'elle avait vu.
"Je suis couvert d'or fin, dit le Prince; il faut l'enlever, feuille par feuille, et le donner à mes pauvres; les vivants croient toujours que l'or pourra les rendre heureux."
Feuille à feuille, l'Hirondelle enleva l'or fin, jusqu'à ce que le Prince heureux eût pris un aspect tout terne et gris. Feuille à feuille, elle porta l'or fin aux pauvres, et les visages des enfants devenaient plus roses, et ils riaient et jouaient gaiement dans la rue.
"Nous avons du pain, à présent !" s'écriaient-ils.

Puis vint la neige, et après la neige vint la gelée. Les rues semblaient faites d'argent, tellement elles étaient brillantes et étincelantes; de longues pendeloques de glace semblables à des poignards de cristal, pendaient aux saillies des toitures des maisons, tout le monde sortait emmitouflé de fourrure, et les petits garçons portaient des casquettes écarlates et patinaient sur la glace.
La pauvre petite Hirondelle eut de plus en plus froid, mais elle ne voulait pas quitter le Prince : elle l'aimait trop. Elle ramassait des miettes devant la porte de la boulangerie quand le boulanger ne regardait pas, et essayait de se réchauffer en battant des ailes.
Mais elle sut enfin qu'elle allait mourir.
Elle eut juste assez de force pour voler encore une fois jusqu'à l'épaule du Prince.
"Au revoir, cher Prince, murmura-t-elle, voulez-vous me permettre de vous baiser la main ?
- Je suis content que tu partes pour l'Egypte, petite Hirondelle, dit le Prince; tu es restée ici trop longtemps; mais il faut m'embrasser sur les lèvres car je t'aime.
- Ce n'est pas en Egypte que je vais, dit l'Hirondelle. Je vais à la maison de la Mort. La Mort est la soeur du Sommeil, n'est-ce pas ?"
Et elle baisa le Prince heureux sur les lèvres, et tomba morte à ses pieds.
Au même instant, un craquement bizarre retentit à l'intérieur de la statue, comme si quelque chose s'était brisé. En vérité, le coeur de plomb s'étati cassé net en deux.
Certes il gelait terriblement dur.

Le lendemain matin, de bonne heure, le maire se promenait en bas sur la place, en compagnie des conseillers municipaux. Comme ils passaient devant la colonne, il leva les yeux sur la statue :
"Mon Dieu ! Comme le Prince heureux à l'air dégueunillé ! dit-il.
- Bien dégueunillé en effet !" s'écrièrent les conseillers municipaux, qui étaient toujours de l'avis du maire. Et il montèrent l'examiner.
"Le rubis est tombé de son épée, ses yeux ont disparu, et il n'est plus doré, dit le maire. En somme, il ne vaut guère mieux qu'un mendiant !
- Guère mieux qu'une mendiant ! dirent les conseillers municipaux.
- Et voici bel et bien un oiseau mort à ses pieds ! reprit le maire. Il faudra vraiment promulguer un arrêté interdisant aux oiseaux de mourir ici." Et le secrétaire de la mairie prit note de cette proposition.
Alors on démolit la statue du Prince heureux.
"Comme il n'est plus beau, il n'est plus utile", dit le professeur d'art à l'université.
On fit alors fondre la statue dans un fourneau de forge, et le maire convoqua le conseil afin de décider de ce qu'on ferait du métal.
"Il nous faut une autre statue, bien entendu, dit-il, et ce sera une statue de moi.
- De moi", dit chacun des conseillers municipaux.
Et ils se disputèrent. La dernière fois que j'ai entendu parler d'eux, ils se disputèrent encore.
"Comme c'est étrange ! dit le contre-maître de la fonderie. Ce coeur de plomb fendu de fond pas dans le fourneau. Il faut le jeter." Et on le jeta sur un tas d'ordures où gisait églament l'Hirondelle morte.
"Apportez-moi les deux objets les plus précieux de la ville"; dit Dieu à l'un de ses anges. Et l'ange lui apporta le coeur de plomb et l'oiseau mort.
"Tu as bien choisi, dit Dieu, car dans mon jardin du Paradis, ce petit oiseau chantera à tout jamais, et dans ma ville d'or le Prince heureux chantera mes louanges."

Oscar Wilde.
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 3:38

pour le courage... ça sera pour plus tard.. Very Happy
quand j'étais petit, je lisais pas de contes mais des BD Laughing et pi c'est trop loin ! comment veux-tu qu'on s'en souvienne ! d'autant qu'avec Alzeimer.. c'est pas facile...
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maxmomo
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 11:02

Flo a écrit:
pour le courage... ça sera pour plus tard.. Very Happy
quand j'étais petit, je lisais pas de contes mais des BD Laughing et pi c'est trop loin ! comment veux-tu qu'on s'en souvienne ! d'autant qu'avec Alzeimer.. c'est pas facile...

+1

Par contre, en devenant instit j'en ai forcement lu pas mal, notamment sous forme d'album. J'aimais beaucoup les légendes grèques et romaines au lycée.
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Salem
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 15:13

Bah les papis, c'est que y'a rien qui vous avait marqués, alors! ou alors c'est que vous êtes déjà séniles! ^^
M'enfin quelle feignasse ce Flo, ça n'est pas très long à lire...
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Daminou
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 15:17

Ouais c'est vrai c'est trop long Smile
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 16:38

Je le lirai mais plus tard ( je ne sais pas si on te l'a déjà dit mais c'est un peu long Very Happy ).

Sinon "Le petit Nicolas" ça a bercé mon enfance. C'est pas un conte mais ça y ressemble quelque part.
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Daminou
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Sam 6 Oct - 16:40

Le mieux Salem c'est qu à la prochaine soirée Lézardeuse
C'est que tu nous fasse la lecture avec ta voix si sensuel pour nous border
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Salem
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Dim 7 Oct - 21:34

lol maman Salem qui lit une histoire aux lézardeux éméchés avant de dormir! m'enfin si je suis aussi imbibée, ça va être du gros nawak.

Sinon tu proposes en quelque sorte de renouer avec la tradition orale du conte, Dam, pourquoi pas! m'enfin je n'ai pas l'étoffe d'une bonne conteuse, je préfère laisser ça aux vrais conteurs, comme Yannick Jaulin. D'ailleurs y'a des festoches de contes qui rencontrent un franc succès, auprès des ptiots comme des grands! Celui de Pougne-Hérisson dans les Deux-Sèvres est très réputé.

Sinon z'êtes tous bien mimis... si ça ne vous intéresse pas, c'est pas grave! vous n'êtes pas tenus de lire le conte de suite ou même du tout. J'essaierai d'enrichir le topic quand j'aurai le temps, ça suscitera ptêtre un peu plus d'intérêt.
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Dim 7 Oct - 22:05

Quelques bédés qui me semblent correspondre aux contes : Plusieurs bédés de René Hausman, Jojo, une bédé de Geerst. Certains passages sont particulièrement poétiques, Bidouille & Violette de Sambre, une sorte de Roméo & Juliette des temps modernes.
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Lolo992
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Lun 8 Oct - 1:02

Le comte de Monte Cristo.Excellent
Oui je sors lol!
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Lun 8 Oct - 1:06

Trêves de plaisanterie j'ai été bercé tout gamin par les contes de fées.Blanche Neige, le petit poucet AZlice au pays des merveilles...
Pour rester dans le même sujet je vous conseille Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim.
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Lun 8 Oct - 1:37

Le prince heureux de Oscar Wilde.
Très joli conte, je conseille de le lire, c'est beau.
Merci Salem !
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Salem
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MessageSujet: Re: Contes et merveilles   Lun 8 Oct - 3:04

Ravie qu'il t'ait plu! C'est une belle histoire, mais tellement triste...

Comme Lolo, on a tous ou presque lu des contes dans notre enfance (même sous format BD, comme le précise Flo), les plus célèbres et fameux sont les Contes d'Andersen ( la Reine des Neiges, Les habits neufs de l'Empereur, Le stoïque soldat de plomb, La petite Poucette, Le vilain petit canard, La petite fille aux allumettes...), les Contes de Grimm (Hansel et Gretel, Le loup et les 7 chevreaux, Raiponce, Blanche-Neige...) et les Contes de Perrault (Le petit Poucet, Le Chat Botté, Barbe-Bleue, Le petit Chaperon rouge, Peau d'Ane...), recueillant les contes populaires de leurs pays transmis traditionnellement de manière orale. Ils sont toutefois quelque peu édulcorés, car certains étant très crus, empreints de scatophilie, cannibalisme... toutefois la symbolique inhérente à ces contes écrits est loin d'être aussi niaiseuse qu'on pourrait le croire de prime abord.

La richesse du contenu symbolique des contes est telle qu’ils se prêtent naturellement à l’analyse et à l’interprétation. Lolo a très bien fait de recomander la lecture de Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim (honte à moi de ne pas l'avoir fait!)... Les psychanalystes se sont emparés des contes, ainsi les freudiens montrent quel sorte de matériel inconscient, refoulé, est sous-jacent dans chacune des histoires.

Sous leurs airs anodins, les contes parlent aux enfants de leurs conflits inconscients. Sous forme d’images symboliques, sont traduits les problèmes auxquels ils sont confrontés dès le plus jeune âge, et qui touchent à la fois aux relations dans la famille (rivalité fraternelle, inceste…) et aux problèmes personnels (renoncement aux dépendances de l’enfance, affirmation de la personnalité, prise de conscience de ses propres valeurs, dépassement du conflit œdipien…). Bien loin de l’esprit d’une simple "littérature enfantine", ces contes, en mettant en scène des fantasmes, apportent, à leur manière, des solutions à ces problèmes. Voilà pourquoi, en s’adressant directement au moi naissant de l’enfant, ils jouent un rôle important dans la construction de la personnalité, et leur révélent que leurs fantasmes ne sont ni uniques, ni honteux.
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